—«Pardon ... Il faut que je m’en aille, monseigneur le prince.»
Le Parisien eut à peine envie de rire. Une autre sorte d’émotion, d’une saveur fraîche et inconnue, lui venait de cette évidente candeur dans une créature si belle. Il laissa Bertrande Gaël sortir de l’église, mais il la suivit, et, comme tout naturellement, se mit à marcher à côté d’elle.
La fine Bretonne, ayant jeté un regard circonspect aux alentours, et s’étant assurée que nul n’observait leur tête-à-tête, pas même le gardien des ruines, qui était en même temps celui du phare, et qu’on n’apercevait pas dehors, se lança vite dans le sentier de la lande. S’écartant ainsi du pays habité, elle craignait moins d’accepter la compagnie compromettante de l’élégant étranger. On ne causerait pas sur leur compte. Et comment se refuser à entendre les compliments d’un prince, à lire dans ses yeux l’admiration qu’elle lui inspirait?
Lui, Gilbert, n’éprouvait pas seulement l’attrait de tant de grâce, mêlée d’un charme un peu sauvage, et comme imprégnée des verts aromes de la mer, il se sentait dévoré de curiosité, ainsi que devant une énigme. Qu’était donc, pour le marquis de Valcor, cette jeune fille, qui semblait le craindre ainsi qu’un tuteur ou qu’un maître, et qui ressemblait à Micheline d’une façon étourdissante? La réponse qu’il se faisait à cette question ne le dispensait pas—au contraire—d’en vouloir connaître les données.
—«Voyons, mademoiselle Bertrande ... Je vous promets, sur ma parole, de garder votre secret. Pourquoi donc avez-vous peur de rencontrer mon ami Valcor? Il aurait bien de la peine à se montrer redoutable pour une jeune personne aussi exquise que vous.
—Il ne sait pas,» dit-elle à voix basse et les yeux à terre, «que j’ai quitté le couvent. Et grand’mère ne va peut-être pas avoir le courage de le lui dire.
—Le couvent! Vous étiez au couvent?
—Oui. Aux Géraldines de Quimper.
—Pour de bon?... Vous étiez religieuse?...