—«Tout va comme vous voulez, maman Gaël?»
Avant qu’elle eût répondu, il se passa une chose furtive et singulière, qui aurait stupéfié le prince de Villingen s’il en avait été témoin. Le grand seigneur, le maître de Valcor, avec son geste de marquis, mais de marquis de cour devant une duchesse, souleva la main brunie, cordée, sillonnée de grosses veines violâtres, qu’il venait de saisir, et il la porta à ses lèvres.
Puis, comme l’aïeule rentrait dans la chambre, sans paraître autrement surprise de cet hommage, probablement habituel, Renaud répéta sa question.
D’accord avec son mouvement d’affectueux respect, sa voix, d’habitude si prenante, se faisait plus chaudement douce, plus pénétrée. Sauf quand il parlait à sa fille, on eût rarement pressenti, comme à présent, ce que son âme, toujours en représentation devant elle-même et les autres, contenait de profondeur sincère.
—«Non, monsieur Renaud, tout ne va pas comme je veux,» dit la vieille femme.
Ils s’assirent dans la principale pièce du logis,—une grande salle qui, par de beaux meubles anciens en bois sculpté, l’armoire, la crédence, la huche, l’horloge, les sièges, des cuivres et des faïences pittoresques, ressemblait à quelque hall d’artiste, tandis que par l’âtre immense avec ses chenets, ses ferrailles, ses ustensiles, elle devenait une cuisine de ferme. On n’y voyait aucun lit enfoncé dans une sorte d’alcôve ou de niche à l’intérieur du mur et caché par des volets ajourés, comme dans la plupart des pauvres intérieurs bretons. Cette demeure, luxueuse relativement à la situation sociale des habitants, contenait des chambres à coucher, ainsi que les maisons des villes.
Cependant, Mathurine Gaël,—celle qu’on appelait, au long de la côte, la mère Mathurine, ou la mère Gaël, racontait au marquis de Valcor, dont la physionomie exprimait l’intérêt le plus attentif, les causes diverses de ses préoccupations.
—«Monsieur Renaud, Bertrande a quitté le couvent, et elle n’y rentrera plus. Elle n’a pas la vocation. Ce serait péché que de la contraindre. On la pousserait à quelque folie.»
Bien que cette nouvelle causât au marquis de Valcor un chagrin véritable, plus grave qu’il ne soucierait tout à l’heure de le montrer au prince Gairlance, il ne marqua sa déception par aucun mouvement vif ni par d’abondantes paroles.