Cette vieille femme avec qui il s’entretenait, et lui-même, étaient gens de peu de discours. Leurs âmes fortes et silencieuses, lorsqu’elles prenaient contact l’une de l’autre, s’incitaient mutuellement à une gravité plus contenue.
Mathurine Gaël dit seulement:
—«Je suis bien près de la tombe. Sa mère est privée de raison. Ses oncles ne sont pas mariés et courent le monde. Qui gardera cette enfant du mal, avec cette figure de tentation qu’elle tient de son défunt père, mon pauvre Bertrand, le garçon le plus beau de toute la côte?»
Renaud regarda longtemps les clairs yeux, qui, perdus dans l’espace, s’emplissaient d’un souvenir. Il était devenu pâle. Il dit:
—«Vous ne cessez pas d’y penser, à votre Bertrand?
—Toujours ... toujours, je pense à lui.
—Les fils qui vous restent, Yves, Mathias, n’ont donc pas pris dans votre cœur la place de celui qui n’est plus?»
L’étonnement ramena vers le marquis les prunelles de la paysanne.
—«Est-ce que des goélands peuvent remplacer un aigle? Vous l’avez connu, monsieur Renaud. Vous alliez dans sa barque, avec lui, quand vous étiez enfant. Sous vos vêtements pareils, en toile cirée, qui donc aurait deviné lequel de vous deux était un Valcor plutôt que l’autre?»
Un orgueil sauvage illumina cette hautaine figure d’antique druidesse. Ses lèvres flétries semblèrent formuler encore quelques paroles. Mais elle les referma aussitôt.