VIII
UNE AME SANS FREIN
Une douzaine d'années plus tard, en plein mois d'août, au moment des vacances parlementaires, et durant une période où le marquis député Pascal de Malboise était notoirement absent de Paris, le coup de timbre d'une visite vibra dans le silence assoupi de son hôtel Renaissance, rue d'Offémont.
Les domestiques étaient au loin, comme le maître—les uns à son château de Solgrès, les autres en vacances dans leurs pays respectifs. Seul le couple immuable des Poinclou, qui jamais ne bougeait de cette demeure depuis que M. de Malboise en avait confié la garde à l'ancien valet de chambre et à sa femme, coulait des jours paisibles dans un doux far niente. Ces deux bonnes gens, vieillis d'ailleurs, habitués à régir la valetaille et à se faire servir plutôt qu'à servir, ne se pressèrent pas de répondre à la sonnerie électrique. Chacun regarda l'autre par-dessus son éventail de cartes,—car ils étaient en train de faire un bézigue dans l'office, la pièce la plus fraîche de l'hôtel, où les volets clos maintenaient une température délicieuse. Enfin le mari, avec ses airs galants d'ancien valet de chambre avantageux, se leva, disant à sa femme:
—«J'y vais, madame Poinclou. Ne te dérange pas.»
Il fut un moment avant de revenir. Puis Mme Poinclou entendit deux voix et vit reparaître son mari accompagnant quelqu'un.
—«Tiens, ma bonne, voici un monsieur que tu renseigneras mieux que moi.»