Il était devenu écarlate, ce qui faisait ressortir la blancheur neigeuse de ses cheveux encore abondants.
Ce mot d'héritage détendit un peu son acariâtre épouse. D'ailleurs, le bel étranger prenait doucement la parole. Et ce qui restait de féminin sous les rides et l'enveloppe parcheminée de la vieille ne résista pas au charme de cette virile jeunesse, de cette voix musicale et d'une politesse tout à fait flatteuse.
—«Vous êtes trop bonne, j'en suis certain, madame, pour ne pas m'aider à accomplir une mission sacrée,» disait l'inconnu, «Mon oncle, monsieur Pillod, un grand industriel suisse, vient de mourir en me nommant pour son exécuteur testamentaire. Il laisse une somme importante à chacun des ouvriers qui ont travaillé au moins dix ans dans sa fabrique, même à ceux qui l'ont quittée par la suite. Nobert était dans ce cas. Il a été fort longtemps employé dans les ateliers de mon oncle, avant de se rendre en France, la patrie de sa femme. Il a donc droit...
—Mais, Nobert est mort,» interrompit Mme Poinclou.
—«Votre mari me l'a dit. Savez-vous si sa femme est son héritière?
—Ah!... ça... par exemple!... As-tu une idée là-dessus, vieux poulet?» demanda-t-elle à son époux, qu'elle amnistiait par ce terme tendre.
Mais le vieux poulet n'osait plus souffler mot. Il hocha simplement la tête.
—«Le plus simple,» reprit le neveu de M. Pillod, «serait de m'indiquer l'endroit où s'est retirée madame Nobert. N'est-elle pas restée dans le pays?... A Étréchy?... ou à Étampes?
—Non,» dit Mme Poinclou.
—«Ah!»