—«Assassin!...»

L'homme recula, comme frappé en pleine poitrine. Elle savait donc aussi, celle-là! Comment savait-elle?... Ah! le mot de l'énigme était donc bien ici, dans cette vieille tête butée. Il le connaîtrait, ce mot. Il ne sortirait pas sans l'avoir arraché, par n'importe quel moyen. Revenu de sa surprise, il fonça vers la silhouette rigide, qui se dressait, malgré la servitude ancienne, avec une si étrange autorité.

—«Expliquez-vous!... puisque vous osez me lancer une telle accusation!...»

Il n'acheva pas. La violence de son geste venait-elle d'épouvanter la malheureuse? Cette scène avait-elle trop tendu les ressorts d'un organisme épuisé? La maladie de cœur dont souffrait Louise la rendait-elle incapable de soutenir plus longtemps une lutte si atroce? Quoi qu'il en fût, elle chancela et s'abattit tout d'une pièce. Renversée en arrière, elle échappa aux bras avancés instinctivement pour la retenir. M. de Malboise avait trop d'intérêt à prolonger l'entrevue pour ne pas la secourir. Mais il ne put prévenir sa chute.

Penché sur le corps inerte, assez inquiet au fond pour lui-même de ce qu'on pourrait dire si l'on trouvait cette femme morte après sa visite, il essaya de se rendre compte. Louise, par miracle, dans cette petite pièce encombrée, ne s'était heurtée à aucun meuble, en tombant. On n'apercevait sur elle nulle trace de blessure, dont on pût conclure à une agression de son visiteur. Le pouls battait encore, quoique très faiblement. Rassuré sur ces points, et ne se souciant pas qu'elle expirât peut-être sous ses yeux,—car une telle crise, à cet âge, ne pouvait manquer de gravité,—Pascal quitta le petit appartement.

Dans le jardin, il s'attarda, regardant les fenêtres de la maison aux étages supérieurs. Non pas qu'il eût l'intention d'appeler quelque charitable voisine au secours de la pauvre abandonnée, qui allait sans doute rendre le dernier soupir dans la solitude, mais pour se convaincre que personne ne l'observait. Aucun visage ne se montra derrière les carreaux. Les modestes habitants achevaient ailleurs leur journée de travail, ou profitaient de cette belle fin d'après-midi pour quelque promenade. A peine trois ou quatre galopins du quartier apparurent-ils sur le trottoir d'en face, hypnotisés d'admiration devant la magnifique voiture.

Le marquis de Malboise s'enleva sur le marchepied, s'installa sur les coussins.

—«A la maison,» dit-il au cocher.

Les chevaux dressaient les oreilles, s'agitaient. Quand Paul rassembla ses rênes, des frissons coururent sur leurs robes lustrées. Puis ils eurent un élan trop vif, aussitôt réprimé, et tournèrent ensemble, avec des piaffements inutiles et nerveux.

Le lendemain matin, Michel vint rendre visite à sa mère adoptive.