—«Tu ne veux plus la lui rendre, cette clef, maman Louison?... Tu me la donnes, à moi?...»
Plus un signe, plus un murmure... Le fils d'Armande se pencha. Celle qui l'avait tant aimé était morte.
Et ce fut pour lui, l'homme qui avait vu de ces aventures et de ces spectacles dont le récit ne passe ensuite jamais les lèvres, l'étrange paria brûlé de haine, l'être d'égoïsme et d'audace, ce fut une minute éperdue, où son âme tournoya dans le vide comme jadis son corps d'enfant dans le gouffre de la Basteï. D'une secousse, le dernier lien qui le rattachait au mystère de ses premières années venait de se rompre. Nulle voix ne lui dirait plus jamais le roman de sa naissance, ni comment son père fut un martyr, ni comment sa mère baisait ses petites mains et sa tête bouclée, quand, dans le fond sauvage du grand parc, personne ne pouvait la surprendre.
Saisi d'une détresse indéfinissable, il contemplait la forme sans vie étendue sous ses yeux. Une douleur à sa main droite le surprit. Il regarda. Dans sa paume s'incrustait la clef, qu'il serrait d'une crispation inconsciente. Alors, de nouveau, le rire féroce découvrit ses dents, qui grinçaient.
—«Voilà donc ce qui m'en reste, de mon enfance... D'une si noble origine, de tant de richesses, d'un double amour maternel... Cette clef secrète de mon domaine... Cette clef...»
XI
LA RENCONTRE