Ce fut donc avec l'insolente désinvolture propre à sa silhouette de bravo politique, que Pascal de Malboise clôtura l'entretien par un salut sardonique. Puis il tourna sur ses talons et s'enfonça sous bois.

Sombre, muet, un sourire atroce aux lèvres, le fils d'Armande le regarda partir.


XII

DEVANT L'ÉNIGME

Un crime à jamais célèbre fut celui qui marqua la dernière année du dernier siècle, et dont le mystère continue à intriguer les imaginations: l'assassinat du marquis de Malboise, par un coup de feu, dans son parc, au moment où il amenait à son château de Solgrès sa jeune femme, épousée le matin même.

Le meurtrier, ou les meurtriers—car les traces retrouvées dans le souterrain, empreintes doubles de pas, piétinement de lutte, éclaboussures de sang, firent supposer qu'ils étaient au moins deux,—semblent soustraits pour toujours à l'action de la justice. Le mobile même de cet attentat sans précédent déconcerte l'imagination. Pourtant les commentaires ne manquèrent pas. Ils abondèrent surtout dans le sens d'une machination politique. Le domaine de la raison d'État apparaît si favorable aux embûches scélérates! Rien ne pouvait mieux satisfaire le goût romanesque et la défiance des foules que l'hypothèse d'un aussi noir machiavélisme chez les gens au pouvoir. Pascal de Malboise gênait trop le Gouvernement. Le Gouvernement l'avait fait supprimer par quelque exécuteur de basses-œuvres, payé sur les fonds secrets, avec connivence de la police.

Il fallait vraiment, de la part du criminel, une habileté infernale pour mettre en défaut des poursuites au succès desquelles le Ministère se trouvait intéressé. On n'épargna rien pour qu'elles aboutissent. Cependant, elles n'aboutirent pas.