Ses arguments ne manquaient ni de logique ni d'éloquence. Peut-être n'en fallait-il pas tant à Régine pour estimer qu'après une si longue sagesse elle pouvait sans imprudence consentir à l'entretien. Le lieutenant d'Ambarès reçut la permission tant souhaitée. Le lendemain, il était à Paris et accourait rue de Babylone.
Quand ils se trouvèrent face à face, dans cette galerie de l'hôtel d'Ambarès, qui leur était depuis l'enfance un lieu si familier, et où leurs deux cœurs se joignaient par tant de souvenirs, un indicible attendrissement les tint muets. Leurs yeux, qui se mouillaient, échangèrent un infini regard. Non, rien vraiment ne les séparait, rien qu'un très haut souci de droiture, de vérité. L'amour n'avait pas faibli, la confiance n'était pas éteinte. Elle ne doutait plus de lui, et lui savait que, même dans le doute, elle l'avait éperdument aimé. Régine parla la première.
—«Hugues, vous avez bien fait de venir. Vous vous doutez que toute mon âme est tendue vers l'éclaircissement de l'horrible drame. Tant que je n'en connaîtrai pas le secret, je ne me considérerai pas comme libre.
—C'est-à-dire comme mienne?» demanda-t-il, avec la plus séduisante expression de tendresse passionnée.
—«C'est-à-dire comme tienne,» reprit-elle, employant le tutoiement de leur passé d'enfants,—à moins que ce fût celui de leur avenir d'époux. Elle sourit, hocha la tête et ajouta:
—«C'est vrai. Pour moi, être libre veut dire être à vous.
—Ma Régine!» s'écria-t-il en lui prenant les mains.
Elle se dégagea, sans pruderie effarouchée, avec son noble redressement de beau lys royal, de blancheur inaccessible.
—«Hugues, venez. Asseyons-nous dans ce coin, derrière ce paravent, là où vous me racontiez vos leçons d'histoire, quand nous étions petits. Et dites-moi ce que vous savez de notre histoire à nous, de notre sombre et fatale aventure.