—Voulez-vous d'abord, ma Régine,» dit le lieutenant, «me donner l'assurance que vous avez compris, en y réfléchissant, l'impossibilité où je me trouvais,—où je me trouve encore,—de révéler aux magistrats ce que je sais? Faire connaître à qui que ce soit au monde ma présence dans le parc de Solgrès, mon passage par le souterrain, à l'heure même du crime, ce serait vous déshonorer. En supposant qu'on ne nous arrête pas tous deux immédiatement sous l'inculpation de ce meurtre abominable, et que nous puissions rester indemnes d'une accusation si vraisemblable, nul ne croirait que ma folie d'amoureux désespéré n'eût pas votre assentiment, qu'une coïncidence tragique avait seule ouvert devant mes pas la porte secrète, et que j'ai pu vous voir dans votre demeure d'épouse, le soir de vos noces, sans que rien de coupable ait jamais existé entre nous.
—J'étais prête,» observa Régine, «à boire ce calice de honte pour établir votre innocence.
—Aux yeux de qui?... Nul ne m'accusait. Aucun soupçon de ma démarche imprudente ne vint à quiconque. Et le hasard me fournissait un alibi.»
Comme la jeune marquise baissait la tête, son cousin reprit avec une ombre d'amertume:
—«C'était pour vous-même que vous souhaitiez de me disculper. Mon silence vous déconcertait comme une lâcheté de coupable.
—Oh! ne dites pas cela.
—Ce sentiment vous troublait, mais vous n'osiez l'analyser. Régine, croyez-vous que je puisse vous en vouloir?... Votre tendresse ne m'est-elle pas apparue même alors, puisque, pour échapper à ce doute, vous consentiez à tout proclamer et à vous perdre.
—Oh! la vérité!...» murmura-t-elle. «Le grand jour... Comme j'y aspirais, à ce moment-là!...
—Vous ne connaissez pas la justice humaine...»