—Ce n'est pas ce que je te demande. Mais tu ne viens plus me voir... Tu me trompes... Tu intrigues avec les femmes du monde. Oh! je le vois bien, c'est toute ta vie que tu veux transformer. Tu veux rompre avec ton passé, faire peau neuve...»

Devant cette intuition si juste, l'aventurier ne put s'empêcher de sourire bizarrement.

Désespérée d'avoir vu trop clair, de n'être pas contredite, Lina poursuivit:

—«Je te gêne à cause de ce que je sais, de ce que j'ai vu. Comme si cela ne m'avait pas—et c'est horrible à dire,—attachée à toi davantage, de penser que, par jalousie de moi, tu pouvais...»

Elle n'acheva pas. Son amant s'était jeté sur elle, et lui fermait la bouche, en lui écrasant, d'une main féroce, les lèvres contre les dents. Quand il la lâcha, la pitoyable amoureuse cracha une injure avec des gouttelettes de sang. Puis elle se leva, quitta la salle à manger, et se retira dans sa chambre.

Les domestiques, à l'arrivée de Monsieur, se doutant que l'explication serait vive, avaient suspendu le service. Almado sonna, réclama la suite du dîner et mangea tranquillement. Ensuite, il se rendit dans le boudoir, où Lina tendait une oreille anxieuse, craignant qu'il ne vînt pas la rejoindre, mais quittât la maison pour toujours.

Lorsqu'elle l'entendit, pelotonnée de nouveau sur sa chaise longue, elle enfouit son visage dans les coussins et laissa les sanglots la secouer. Car elle espérait ainsi l'attendrir.

—«Tu aurais dû,» fit-il d'une voix sourde, «ouvrir tout à l'heure la porte contre laquelle tes larbins collaient leurs oreilles, pour leur faire mieux entendre ce que tu disais. Tu veux donc me faire aller au bagne?... ou pire? C'est pour le coup que tu ne me verrais plus tous les jours.»

Un visage ruisselant et congestionné émergea des linons suaves:

—«Mais Miguel, je n'aurais jamais prononcé la chose. J'allais finir la phrase autrement.