—L'Italien!...» répéta le capitaine avec un sursaut. Il regarda son chef, puis son inférieur. La même pensée surgit dans le cerveau des trois officiers. Une gravité soudaine marqua d'une expression identique leurs trois physionomies. Le colonel se leva.

—«Messieurs, allons examiner le prisonnier.»

Il les conduisit à la salle de billard, s'assit le dos au tapis vert, sur lequel roulaient les billes d'une partie récente, et donna l'ordre qu'on amenât le nommé André Michel.

—«Ça n'est pas un nom italien,» observa le lieutenant.

—«Il le prononce peut-être à la française,» riposta le capitaine à voix basse.

Presque aussitôt le volontaire garibaldien parut entre ses deux gardes. Le colonel le fit placer face à lui, debout, en pleine lumière.

Occana venait de faire un effort surhumain pour ne pas boiter en marchant. Tout à l'heure, un des soldats l'ayant bousculé, lui avait, volontairement ou non, heurté la jambe du fourreau de son sabre. La blessure avait dû se rouvrir. Du moins elle se révélait en ce moment fort douloureuse. Pour rien au monde, il ne voulait la laisser voir. On eût découvert sans doute les traces d'une balle et reconnu en lui un belligérant.

—«Parlez italien à cet homme,» dit le colonel au lieutenant.

Celui-ci posa plusieurs questions, auxquelles l'interpellé répondit de bonne grâce. Résolu à dominer son orgueil, Michel se pénétrait maintenant de son rôle. Ne devait-il pas se résoudre à tout, même au mensonge et à la lâcheté, pourvu qu'il sauvât son message, pourvu qu'il le portât où il fallait.