—«Ton enfant!...»—s'exclamait-elle, de cette voix sifflante et basse qu'elle prenait pour parler du redoutable secret, et seulement loin de toute oreille humaine, dans les profondeurs du parc.—«Ton enfant!... Tu oses parler de tes devoirs envers lui, quand tu as manqué au premier de tous, qui était de lui donner une naissance honnête et un nom légitime!... Et tu ne songes pas un instant à tes devoirs envers nous, tes parents, envers la dignité de nos cheveux blancs et la bonne renommée de notre famille. Sache que ton enfant passe après ta race, dont il n'est pas, dont il ne peut être...

—Cependant, je le reconnaîtrai...»

Mme de Solgrès contempla sa fille avec stupeur.

—«Ah!...» dit-elle sans lui répondre... «Et tu voulais que je ne prévinsse pas ton père!... J'aurais lutté seule contre l'insanité de ton esprit et la bassesse de ton âme. Voilà ce qu'une Solgrès propose!... Donner son nom à un bâtard!... Souffleter de boue tout le passé d'une maison pleine d'honneur!...»

Ce fut une autre explosion, suivie de commentaires non moins acerbes quand la comtesse apprit que Louise Bellard savait tout.

—«Il ne manquait que cela!... Tu devais, naturellement, prendre pour confidente une femme de service... Toi qui, dès ton enfance, te plaisais mieux avec les paysans qu'avec les gens de notre monde... Mais je la chasserai, cette misérable, qui t'a servi de complice, quand elle aurait dû me prévenir!»

Armande, plus murée que jamais dans une insensibilité apparente, répondit de sa voix sans accent:

—«Pardon, ma mère... Vous ne la chasserez pas.

—Tu as le front de plaider pour elle?

—Je n'ai point à plaider. Si vous étiez accessible aux arguments de justice et de compassion, je vous dirais que son dévouement fut incomparable, que rien ne le lassera et qu'il m'empêchera sans doute de mourir de désespoir. Mais, vous parlant le langage de votre intérêt personnel, je vous ferai simplement observer qu'on ne maltraite pas quelqu'un qui détient un secret pareil... qu'on ne chasse pas la seule femme, mère justement elle-même, capable de nourrir dans une discrétion absolue le malheureux petit être, que vous ne me commanderez pas d'étrangler, je suppose.