La pauvre Armande rougit et s'arrêta, sans terminer ce mot de «père».
—«Bien entendu, pour le monde, nous serons ensemble,» continua le vieillard, «Je prendrai toutes mes mesures à cet effet. L'endroit où vous séjournerez avec Louise Bellard sera soigneusement choisi... Quelque village écarté, où vous passerez pour deux sœurs.» (Il eut un âpre sourire.) «Cela ne contrariera ni votre manière d'être ni vos goûts...
—Non, certes!» déclara vivement Mlle de Solgrès.
Un regard la foudroya pour cette riposte, qui semblait une bravade, et qui pourtant était le cri involontaire de cette désespérée, trop heureuse de se vêtir en paysanne pour mieux se rapprocher d'un cœur aimant et mieux s'enfoncer dans l'obscurité apaisante.
—«Après... l'événement,» poursuivit son père, «Louise Bellard restera à l'étranger, où elle nourrira et élèvera deux enfants, le sien, et... l'autre. Ils auront même éducation modeste, et, plus tard, même condition. Vous, mademoiselle, vous reviendrez avec nous. Mais nous réservons notre pardon, si vous vous en montrez digne, pour le jour de votre mariage.
—Mon mariage! Mais, ma mère... Je veux dire... madame de Solgrès... ne vous a-t-elle pas dit?...
—Quoi donc?...» demanda le vieux gentilhomme en écrasant sa fille du regard.
—«...qu'il est mort.»
Tout le visage d'Armande se contracta et trembla.
—«Qui est mort?» questionna le père avec un accent indescriptible.