—«Voici, au fond, l'acte testamentaire, entièrement écrit de ma main, signé, daté, par lequel je lègue le domaine de Solgrès, château, parc, chasses et fermes, à mon filleul Armand-Michel Bellard. Et, pour qu'il n'y ait jamais contestation de personne, je spécifie qu'il s'agit bien de l'enfant élevé chez moi par mon garde-chasse Mathieu Nobert et par sa femme Louise, à l'exclusion de tout autre. Puis, voilà des bijoux de famille. Tout ce que je possède en communauté avec monsieur de Malboise restera au marquis. Mais ce qui m'appartient personnellement constituera la fortune de Michel. Solgrès et ses revenus forment un beau patrimoine. J'y joins ces souvenirs de famille, dont quelques-uns ont une valeur matérielle très grande.
Elle n'exagérait pas, si l'on en jugeait au scintillement des pierreries et à l'admirable travail de certaines parures anciennes. Le feu des brillants semblait éclairer le souterrain. Une énorme émeraude, simplement sertie dans des griffes d'or, était un joyau de musée.
—«Ah!» dit enfin Armande, dont la voix s'altéra, «pourvu que ce portrait lui apparaisse comme le plus précieux de ce petit trésor!... Un jour il saura la vérité. Si je ne suis plus là, tu m'as juré de la lui faire connaître...
—Je le jure encore!» s'écria Louise, qui suspendit un instant son travail.
—«Alors il saura qui fut pour lui cette pauvre femme...» murmura la marquise de Malboise.
Dans le creux de sa main, elle tenait un médaillon où se trouvait une miniature d'elle-même. Quand elle eut contemplé un instant cette image, sur laquelle s'ouvrait un couvercle d'or, elle la souleva. Entre la lame d'ivoire qui portait la peinture et le fond du médaillon, se trouvait une bouclette de cheveux noirs.
—«Les cheveux de son père...» dit Armande.
Elle referma d'un léger claquement la charnière minuscule.
—«Tu lui diras,» ajouta-t-elle, «que cette chaîne coulée dans l'anneau du médaillon fut mon premier bijou. Elle n'a pas quitté mon cou pendant plusieurs années de mon enfance. Tu le lui diras, n'est-ce pas, ma Louison?...
—Eh! vous le lui direz vous-même, quand le moment sera venu,» bougonna gentiment la paysanne, qui n'admettait pas cette idée qu'elle pût survivre à sa maîtresse.