VI
LE LOUP ET L'AGNEAU
Un jour, comme le marquis de Malboise faisait un tour de parc avec sa femme,—promenade rare, et qui prenait par extraordinaire un certain caractère de réconciliation, d'apaisement,—ils aperçurent de loin, au bord d'une allée, une espèce de grosse borne sombre, dont ils ne s'expliquèrent pas bien la nature.
—«On dirait un amas de terre et de branchages,» dit Pascal en avançant, «Est-ce que vos jardiniers sont fous d'accumuler des détritus dans la plus jolie avenue, et si près du château?» Il ajouta bientôt: «Quelque chose remue vers le sommet. Est-ce un animal?... Non, c'est une tête... une casquette... Il y a un homme ou un enfant caché là.
—Un enfant!...»
La marquise avait tressailli. Elle s'expliquait. Ce devait être quelque jeu du petit Michel. Le garçonnet, très gâté, changeait, devenait turbulent et audacieux, lui donnait la perpétuelle inquiétude d'un conflit avec le maître. Serait-ce maintenant que l'aventure se produirait?...
Elle prit un air dégagé.
—«Ce doit être le fils des Nobert... Mon espiègle filleul.»