Il le regarda... se sentit plus frappé encore par sa beauté, par la finesse de son type. Ce fut une impression fugitive... La vérité était si loin de lui! Et cependant... Ce que son raisonnement ne discernait point s'enregistra dans les profondeurs obscures de son cerveau. Mais l'énervement de cette insaisissable lueur l'irrita, fit éclater sa colère. Il ordonna durement au petit Michel de retourner chez ses parents et de ne plus se montrer dans les parties cultivées du parc.
—«Si je te retrouve près du château, tu auras affaire à moi!...» dit-il en levant sa canne de façon significative.
Le mioche, avant de décamper, coula un regard sournois vers sa marraine. Mais il la vit si pâle, si oppressée, les yeux à terre, que, sans demander son reste, il partit au galop.
L'incident n'eut pas de suite immédiate. Toutefois, sans qu'il en fût autrement question, la défiance, l'hostilité s'accentuèrent entre les deux époux. L'attention soupçonneuse du marquis se tournait maintenant vers cet enfant de gardes qui prenait, dans la propriété, des airs de fils de la maison. Il observa. De vagues indices se rassemblèrent. L'idée qu'il ne formulait pas encore fit dans son cerveau un singulier chemin.
Au retour de sa prochaine absence, comme le phaéton qui l'avait cherché à la gare franchissait le pont de la Juine avant d'atteindre la grille de Solgrès, il aperçut, à l'endroit où la rivière bordait le parc, un garçonnet tout seul dans un bateau amarré à la rive. Le marquis se retourna vers son domestique.
—«Qu'est-ce que ce gosse-là?... C'est bien le petit Bellard?
—Oui, monsieur le marquis.
—Ses parents sont donc fous de laisser un marmot de six ans barboter sur la rivière?»
Du coin de l'œil, Pascal de Malboise crut surprendre l'ombre d'un sourire sur le visage du valet. Une colère monta en lui.