Elle jette un grand cri :
— « Philippe, je t'aime… Je t'aime… Adieu!… »
Et elle s'échappe. Elle court à travers le jardin, soutenue par la fièvre affreuse de sa résolution, par la peur, — pleine d'un lâche désir, — qu'il ne la suive, qu'il ne la saisisse… Oh! que ferait-elle?… sinon mourir sur son cœur!…
Mais elle a le temps d'ouvrir la grille, de sauter dans la voiture qui attendait, de jeter une adresse…
Philippe ne s'est-il pas élancé après elle?…
Déjà le fiacre est parti, mais d'un essor modéré. La pente montante de la chaussée empêche d'avancer bien vite.
Marcienne abaisse une vitre, regarde en tremblant par la portière. N'a-t-elle pas entendu un appel?… des pas précipités sur le trottoir?…
Oh! l'ardeur insensée de son regret… Le flot suffocant de son espérance… Des images tumultueuses… Les accueils de naguère… Un rire d'enfant sous la moustache brune… Les fines dents luisent, appellent ses lèvres… Et voici la tête chérie appuyée entre ses seins… Puis, — quelle palpitation de tout son être! — le banc où ils se disaient : « Au revoir. » Comment?… Jamais!… plus jamais!…
Philippe ne l'a pas suivie… La rue déjà sombre est d'une solitude poignante entre les estompes vaporeuses des branchages.
Mme de Sélys avance le buste hors de la voiture. Elle va enjoindre au cocher de retourner.