X
Charlotte Fromentel ne mourut pas. Elle fut sauvée par ce qu'on est convenu d'appeler un miracle, et ce qui n'est que l'enchaînement d'effets très apparents à des causes très secrètes, sans aucune dérogation aux lois naturelles.
Certains esprits fervents croient que l'extrême-onction opère parfois des guérisons extraordinaires. Charlotte assura Marcienne que c'était son serment qui l'avait retenue au bord du tombeau. La reconnaissance qu'elle témoigna à sa belle-sœur, la foi absolue qu'elle montra dans la parole si solennellement donnée étaient de ces liens capables d'engager davantage une femme du caractère de Mme de Sélys.
Pourtant il fallut plus encore pour que l'amante, affolée de douleur, ne manquât pas à la promesse jurée.
Il fallut toutes les frêles contingences matérielles et morales qui, même plus ténues que des fils de la Vierge, forment la chaîne infrangible du Destin.
Ce furent, pendant les premiers jours, les alternatives qui tinrent Charlotte littéralement suspendue entre la vie et la mort.
Puis, sitôt qu'un réel espoir s'annonça, la nécessité d'emmener la convalescente, de la soustraire à l'aigre printemps de Paris, de la conduire vers le soleil, vers le Midi, où elle pourrait reprendre ses forces au grand air, dans les brises vivifiantes de la Méditerranée.
Il paraissait tout simple que Marcienne l'accompagnât, car Jacques Fromentel se trouvait retenu à Paris par l'achèvement de deux toiles destinées au Salon.
Mais surtout Charlotte le voulait. Sa victoire définitive était à ce prix. Elle serait retombée malade d'inquiétude si elle avait dû rester seule, au loin, durant de longues semaines, laissant Marcienne exposée au dangereux vertige, et la sécurité de son frère au péril d'une défaillance.
Et si Marcienne, elle aussi, souhaita ce départ, c'est qu'elle se sentait à bout de force dans le glacial silence de Philippe.