Jusque-là il avait espéré. Surtout en apprenant la convalescence de Charlotte. Maintenant il découvrait que les cœurs, une fois écartés l'un de l'autre, ne se rejoignent plus. Leur amour vivait encore, d'une vie déchirante, infiniment douloureuse, mais la saveur ineffable en était morte. Jamais, quand ils le voudraient tous les deux, ils ne ressusciteraient les jours d'autrefois. Lorsque les lèvres ont pu prononcer l'adieu, quelque chose se détache et se brise, que rien ne saurait renouer.
Mais comment Mme de Sélys imaginait-elle que la passion fougueuse de son amant s'amollirait jusqu'à la bienfaisance des larmes, de la résignation, de la mutuelle pitié?
Le lendemain même du jour où elle lui avait écrit sa lettre d'atroce héroïsme, — mais où il ne voulut voir que l'orgueil de la femme incapable d'attendre les atteintes des années qui lui enlèveront son jeune amant, — M. d'Orlhac, poussé par on ne sait quel âpre besoin de haïr et de souffrir, se rendit au Palais pour entendre plaider Édouard de Sélys.
C'était dans un procès politique qui forme désormais une page de l'histoire de ce siècle.
Le grand avocat y remporta un extraordinaire triomphe.
Et le matin suivant, comme Philippe revenait du Bois à cheval, après n'avoir rencontré que des gens occupés de ce succès incomparable de barreau, le hasard voulut qu'il croisât la voiture découverte où, dans la douceur d'un air de printemps, Mme de Sélys faisait faire à sa belle-sœur une première promenade.
De loin il aperçut Marcienne, qui riait.
Il ne se dit pas que ce rire était peut-être une inconsciente crispation nerveuse, ou quelque effort pour égayer la malade, si faible encore, si amaigrie, si pâle.
Il mit son cheval au petit galop, salua, passa…