— « Je suis TON AMANT!… »

N'est-ce pas leur destinée? L'exaltation de leurs sens et de leurs âmes, les puissances inconnues de vivre qui s'éveillent en eux, et dont eux-mêmes restent éblouis, ne leur crient-elles pas que tout au monde doit être erreur, excepté de telles indications, si hautement souveraines, de la Nature et de leur conscience, — non pas de la conscience artificielle que leur ont façonnée les morales humaines, mais du sentiment irrésistible, primordial, qui crée l'harmonie de leurs deux êtres.

Jusqu'à ce jour, Marcienne le croyait. Elle ne se découvrait aucun remords. Plusieurs fois, d'ailleurs, elle s'était dit : « Il n'est qu'une seule vertu absolue, la bonté. Ne pas faire souffrir, tout est là. » Et elle se plaisait à résumer la philosophie de son généreux cœur par cette phrase, — à propos de laquelle on la taquinait dans l'intimité :

« Mieux vaut commettre une grande faute que de causer une petite douleur. »

Mais aujourd'hui, dans l'enivrement du plus excessif bonheur, elle tressaille… Au fond d'elle-même, tout à coup, un sourd murmure de larmes… Elle revoit la petite figure blonde, crispée d'angoisse :

« Charlotte! »

Marcienne n'a pas prononcé le nom tout haut. Elle ne veut pas parler à Philippe d'une pareille tristesse, et dont la divulgation les mettrait tous trois dans une situation si délicate.

Mais il a senti leur splendeur d'amour s'assombrir, — comme, les paupières fermées, on devine le passage d'une nuée sur le soleil.

— « Marcienne, promets-moi que tu m'aimeras toujours!… »

Elle le regarde sans répondre, et il s'épouvante de l'amertume de son sourire.