La fauve douleur est déchaînée. Elle bondit dans sa prison de chair ; elle se plaint… et tout à l'heure elle va rugir aux barreaux de la cage, à la barrière des dents serrées.

En face d'elle, chez Marcienne, l'orgueil et le mystère se dressent. Toutefois, dans le silence de fierté, une clameur de passion retentit. Elle n'accordera pas une explication à la colère de son amant, mais elle se jette d'un élan sur cette poitrine orageuse.

— « Philippe… Tais-toi! Je t'adore!…

— Tu m'adores?… Et quand je te demande : « Toujours?… » tu hésites… Ce mot-là te fait peur! »

Peur!… Il ne sait pas si bien dire. Il ne connaît pas l'effroi des deux syllabes, — pour lui si longues, pleines d'éternité, — pour elle si courtes!

Qu'est-ce que le « toujours » de l'amour en l'espoir de cette femme si proche de quarante ans?… Elle frémit jusqu'au fond de son être d'une intolérable épouvante.

Et le reproche insensé du jeune amant l'accable. Lui expliquera-t-elle?… Oh! plutôt mourir. Il ne saura que trop vite! Elle songe au bourreau qu'il sera, et le noble pardon qu'elle lui accorde d'avance l'emplit d'une ivresse d'abdication, d'un attendrissement infini.

— « Oui… mon Philippe… je t'aimerai toujours. »

Trop tard. Il a mesuré, — dans un autre sens qu'elle, — tout ce que les fatalités de la vie ont mis de distance entre eux.

C'est la coutumière torture, — sourde et confuse, — mais qu'un geste, un mot, une nuance d'intonation suffit à rendre aiguë.