Oh! ce quelque chose en elle d'impénétrable, d'insaisissable, — ce quelque chose tissé par les années, par les acquisitions de l'intelligence et du cœur, par les souvenirs, le long de tous les chemins fleuris de sensations où elle a marché sans lui!… Comme il s'en exaspère, comme il en souffre!…

— « Si tu m'aimais, tu divorcerais. Nous serions complètement l'un à l'autre.

— L'un à l'autre?… Mon Philippe… Nous ne pouvons pas l'être plus que nous ne sommes. »

Et c'est vrai. Ils ne peuvent pas. L'obstacle suprême est en eux et non en dehors d'eux. L'épouserait-elle — si elle était libre — cet homme de dix ans plus jeune qu'elle? Ce serait une faiblesse dont sa haute nature est incapable, et dont sa prévision clairvoyante aperçoit trop bien les conséquences. D'ailleurs elle n'infligera pas à Édouard cet effroyable désastre.

Elle garde le silence. Les lèvres inertes, les yeux mi-clos, elle goûte l'âcreté secrète, le parfum de ciguë qui mêle à sa passion une saveur si tragique. C'est la grandeur et la rédemption de sa faute. C'est aussi le brûlant aiguillon qui la précipite éperdue aux profondeurs des précaires béatitudes.

Dans un délire d'âme et de sens, Philippe se penche vers elle. Une soif de meurtre et d'amour éclate aux prunelles passionnées. Marcienne connaît cette lueur trouble. Elle s'y enivre. Elle la brave.

— « Tue-moi, Philippe… Tue-moi!

— Ah! tu le voudrais… dit-il. Oui… mourons, mourons!… C'est le seul moyen de nous appartenir tout à fait. »

Elle jette un cri de volupté, de surhumaine délivrance :

— « Ah! mourir, mourir de ta main!… »