Elle toucha le bouton électrique. Un domestique l'introduisit. Puis la femme de chambre vint la chercher pour la conduire auprès de Mme Fromentel.
Charlotte se trouvait dans son cabinet de toilette, étendue sur une chaise longue.
— « Souffres-tu vraiment? » demanda Mme de Sélys.
— « Je ne suis pas physiquement malade, Marcienne. Tu t'en doutes, n'est-ce pas? Mais il faut que je simule cette indisposition. Et, comme cela ne peut pas toujours durer, j'ai peur. »
Elle parlait d'une voix naturelle, un peu triste, mais sans intention d'emphase. Et l'air d'enfance dont s'imprégnaient ses joues fines et rondes, ses traits menus, devenait plus sensible par la claire gravité des yeux.
— « De quoi as-tu peur? » interrogea Marcienne.
— « De me retrouver entre vous. Je suis résolue à me taire, à faire comme si je ne savais rien, à cause d'Édouard. Mais je sens que je ne pourrai pas, que je me trahirai… »
Marcienne garda le silence.
— « J'ai songé à partir, » reprit Charlotte, « à me faire envoyer dans le Midi avec les enfants. Eh bien, je n'ai pas non plus le courage de perdre Jacques. Et ce serait le perdre. Il m'aime, je le sais. Mais il m'aimerait moins si je n'étais pas là. Il est un peu léger… »
Mme de Sélys fit un mouvement.