Elle se coula en bas de la chaise longue, glissa à terre, posa ses mains jointes sur les genoux de sa belle-sœur.
— « Aie pitié de nous, Marcienne! Aie pitié de toi-même! Où vas-tu? Vers quels affreux déboires? Toi si sensible, si tendre, qui as dû mettre tout ton cœur, toute ta fierté dans ton amour!… »
Cette parole instinctive et sublime, cette sympathie si inattendue pour ses condamnables douleurs, cette confiance quand même dans son caractère, émurent Marcienne au delà de tout.
Elle se leva, toute pâle, agitée d'un tremblement.
— « Ne te mets pas à genoux devant moi, Charlotte.
— J'y resterai… je te supplierai… Essaie de guérir… Pars avec moi… Si c'est pour t'emmener, j'aurai la force de quitter Jacques… Et je t'entourerai… Je te consolerai…
— Lolotte!… »
Le petit nom de tendresse palpita dans un sanglot. Mme de Sélys prit sa belle-sœur entre ses bras, la releva, la força de s'étendre à nouveau sur la chaise longue. Puis, s'asseyant sur le tapis, posant sa tête à côté de la douce tête blonde, l'orgueilleuse Marcienne pleura.
— « Chérie… Ma pauvre chérie… » murmurait Charlotte, apitoyée mais intimidée aussi par le miracle de ces larmes, qu'elle n'osait pas considérer comme une victoire.
— « Ah! la misère de la vie!… » soupira Mme de Sélys.