— Tu ne veux pas dire?…
— Ah! tu savais bien le sens de ton geste, malheureuse enfant!… Pour écarter ma main de celle d'un autre homme, tu ne peux avoir que deux motifs : une pensée indigne entre cet homme et toi… Ou bien une imagination plus indigne encore… la supposition que Marcienne… »
Elle cria, les mains projetées, comme dans la terreur d'un écroulement :
— « Moi! Jamais, jamais!… Moi, j'aurais accusé Marcienne!… Est-ce que c'est possible, voyons?… Ta femme… ô mon Dieu!…
— L'accuser?… » répéta-t-il. (Et Charlotte le voyait avec une expression de physionomie nouvelle, inattendue, froidement redoutable.) « Mais si tu osais l'accuser, toi, je te rejetterais comme un petit reptile venimeux! L'accuser!… C'est déjà trop que tu te sois forgé quelque vilain scrupule romanesque… Ah! M. d'Orlhac te semble inquiétant pour mon honneur, et tu prétends me mettre sur mes gardes!… Tu défendrais par tes manèges inconvenants la vertu de ta belle-sœur et la dignité de mon foyer!… Ta belle-sœur!… qui doubla mon affection pour la petite fille que tu es, qui t'ouvrit son cœur au large, qui t'abrite de toute la hauteur de son caractère… Mais tu ne peux pas avoir assez de respect, assez d'adoration pour elle! »
Elle râla :
— « Édouard, tu te trompes… Je te jure que tu te trompes… Quelle abominable idée! »
Il marcha vers elle, et ses yeux aigus de sondeur de consciences enfoncèrent des vrilles d'acier dans les diaphanes prunelles bleues :
— « Alors, dis-moi, Charlotte, pourquoi la scène absurde d'hier au soir? Pourquoi, ce matin, le mot de « malheur » en parlant de mon amitié pour Philippe d'Orlhac?
— J'étais nerveuse… j'étais folle… je ne sais plus…