Rien ne brise et n'enivre Marcienne comme cette transfiguration de vertige, où la tête charmante et adorée s'altère divinement. Tous les souvenirs des joies profondes, toutes les ententes mystérieuses de leur chair, sont sur ces lèvres, dans ce regard… Vers eux, vers leur appel presque douloureux d'intensité, son être, à elle, crie et palpite…

Pourtant, elle se recule, elle se raidit, elle murmure :

— « Non, Philippe… Non… Tu ne sais pas… Je ne t'ai pas dit… Elle est très mal!…

— Nos baisers ne rendront pas son état plus grave…

— Ce sont nos baisers qui la tuent. »

Le jeune homme s'écarte, frappé par le mot qu'elle lui avait épargné jusqu'ici, qu'il espérait ne jamais entendre. Comment n'a-t-elle pas frémi de le prononcer? Ne sent-elle pas que l'expression de cette chose cruelle y ajoute une force d'obstacle que n'avait pas la réalité même?

— « Ne dis pas cela, mon amour. Il faut faire la part de la fatalité.

— Philippe… mon Philippe… J'ai voulu porter seule le poids de cette affreuse pensée. Mais il faut que tu saches… Il faut que tu m'aides à prendre une résolution… Si Charlotte meurt, je te dis que nous serons ses assassins.

— Si Charlotte meurt?… Ses assassins? Tu t'exprimes comme si nous y pouvions encore quelque chose.

— Nous pouvons beaucoup.