— Quoi donc?
— Nous séparer. »
Il la regarde avec accablement, stupéfait du chemin terrible qu'ils ont franchi en deux ou trois courtes phrases. En sont-ils là? Y a-t-elle songé véritablement?
Une douleur indignée le soulève.
— « C'est moi que tu sacrifierais pour elle?
— Non, Philippe, ce n'est pas toi… O mon ami tant aimé, je ne ferai que hâter l'immolation que tu me demanderas toi-même un jour… »
Elle frémit d'angoisse. Une sincérité absolue ouvre son cœur saignant. Mais il ne la comprend pas du tout. Et, ce qu'il y a de tragique, c'est que plus il est vrai lui-même, moins il peut la deviner, la suivre. Car sa propre jeunesse imprévoyante n'envisage pas le futur travail des années. Il ne saurait imaginer sa chère maîtresse moins exquise, ni sa passion à lui moins ardente. Comment admettre ce raisonnement dont elle s'aiguillonne au sacrifice : « Puisqu'il n'est pas d'avenir pour notre bonheur, puisque c'est un condamné, un mourant, ce délicieux et fragile amour que nous berçons dans l'incertitude, ayons le courage de l'ensevelir, quand le salut d'une créature innocente nous le commande, et avant qu'il se flétrisse? »
— « Ainsi, » prononce Philippe, « parce que tu supposes, en dehors de toute vraisemblance, que j'aimerai le moins longtemps de nous deux, ton orgueil, Marcienne, exige que tu te retires la première?… Oh! ne m'interromps pas… Je sens bien que depuis longtemps cela te préoccupe… Je ne nie pas que les circonstances ne te fournissent un prétexte spécieux…
— Un prétexte!… L'existence d'une jeune femme, d'une mère?…
— Tu ne lui dois pas la vérité. Je dirai plus : tu lui devais l'apaisement d'une illusion. Pourquoi lui avouer que nous continuons à nous voir? »