Qu'a-t-elle donc? Sous la voilette blanche aux dessins brouillés, il ne peut voir comme elle est pâle. Mais il s'étonne de son silence, de sa démarche saccadée, de la pression convulsive de sa main.

Elle entre avec lui dans la maison. Il détache lui-même la dentelle qui lui couvre le visage.

— « Marcienne!… »

C'est le cri de son amour épouvanté. Oh! le désastre que présagent cette physionomie défaite, ces traits plombés et soudain vieillis, ces blêmes lèvres frémissantes, la terrible fixité de ces yeux.

— « Philippe, ne me fais pas de reproches… ne me parle pas… aie pitié… Je me meurs! »

Puis tout à coup, dans une clameur déchirante :

— « Ou plutôt si… Tue-moi!… Tue-moi!… Ah! c'est au-dessus de mes forces! »

Il reste pétrifié, anéanti… Nulle question, aucune hâte de savoir… Il voudrait maintenant ne rien entendre… Elle va prononcer l'irrévocable.

— « Mon Philippe… Mon amant… ô bien-aimé!… Pourquoi ne m'as-tu pas tuée, le jour… tu sais… où nous avons été si heureux!… Il ne serait rien arrivé de pire que ce qui arrive… Et je ne vivrais pas cette heure affreuse!… »

Elle râle et divague comme une amante involontairement parjure. Elle se lamente, se maudit, comme si quelque viol brutal venait de voler son corps à l'homme adoré, comme si quelque ravisseur sinistre avait, d'un embrassement détestable, aboli pour jamais la douceur de leurs étreintes.