Et lui, dans une clairvoyance d'indignation, d'épouvante, il songe à ce qui l'affolait lui-même tout à l'heure, à cette rivalité irrésistible, la rivalité de la Mort… Il se demande avec quel spectre Marcienne a pu trahir leur amour!…

Sombrement, sans apitoiement sur elle, il prononce, la voix sifflante d'angoisse :

— « Si tu m'as sacrifié… exécute-moi… Et que ce soit fini! »

Elle tombe à ses pieds :

— « Je t'aime… Je t'adore… Pardon! »

Ce prosternement d'une fierté si ombrageuse ne l'attendrit pas. N'est-ce pas un indice de plus que la suprême épreuve est imminente?

Il ricane, d'un ricanement qui sanglote :

— « Tu m'aimes?… Eh bien, je t'appartenais… Mais nous posséder tout simplement, c'était trop banal pour ta soif de sensations, de drames… Quelle chimère vas-tu placer entre nous?… Parle… Crains-tu de ne pas me trouver résigné… docile?… Rassure-toi : je ne plaide pas les causes perdues. Je ne possède ni les facultés oratoires ni le don de la mise en scène. »

L'allusion pleine de méchanceté douloureuse redresse Marcienne. A son tour elle s'arme sur sa propre souffrance. Pourquoi ne veut-il pas comprendre qu'elle s'immole plus qu'elle ne l'immole lui-même? Glacée par l'injustice et l'ironie, elle croit y puiser le détachement, le calme. Elle prononce d'une voix morne :

— « Juge-moi selon ton cœur, Philippe. S'il me méconnaît et me calomnie, ce sera sa faute, non la mienne. Voici ce que je suis venue te dire : Charlotte n'a plus que quelques heures à vivre. Elle m'a demandé un serment…