Il comprend trop la plainte surhumaine de sa douloureuse maîtresse. Mais il veut qu'elle parle. Il lui saisit le bras, la rudoie presque :

— « Réponds!… »

Elle gémit :

— « Oui. »

Il recule de deux pas. Le coup qu'il attendait depuis un moment ne tombe pas moins cruellement pour avoir été prévu. L'âme et la chair torturées s'insurgent, se ruent à la sauvagerie des représailles. Il souffre trop, il lui en veut trop follement, à elle. Et il se maîtrise jusqu'à l'impassibilité extérieure, qui va la martyriser plus sûrement. D'un ton qu'il trouve moyen de poser, d'affermir, il lui réplique :

— « Tu as juré de ne plus me voir. Alors pourquoi es-tu ici? »

Stupéfaite, Marcienne soulève son visage meurtri, ses yeux de détresse.

— « Oui, » reprend Philippe, « pourquoi es-tu ici? Tu pouvais m'écrire, m'envoyer un mot d'adieu. Il doit t'être pénible de manquer si vite à ton serment. Mais nous n'avons plus rien à nous dire… Et je ne te retiens pas. »

Elle se lève. Elle se dresse devant lui, lente et muette. Tous deux se regardent. Oh! la désolation des prunelles qui ne peuvent plus se verser l'ivresse comme des calices trop chargés d'amour…

Rayons de reproche et d'immortelle tristesse… Rayons de colère saignante, de volonté dure, de douleur trop âpre, trop empoisonnée de doute… Est-ce là ce qu'ils échangent, les yeux encore éblouis des ineffables contacts?… Ne vont-ils pas défaillir et se fondre de se rencontrer en se résistant?