Un visible soulagement parut sur ses traits lorsqu’il parvint à la dernière ligne. Mais ensuite il garda longtemps ouvert sous ses yeux ce feuillet de papier commun, couvert d’une grosse écriture laborieuse.

Micheline ne distinguait plus l’expression de sa face penchée. Tout à coup, elle entendit un léger choc. Une goutte d’eau venait de s’écraser sur la page. Était-ce une larme?... Elle qui n’avait jamais vu pleurer son père, pas même au chevet d’agonie de la pauvre Laurence, elle s’agenouilla près de lui, secouée d’épouvante.

Renaud tourna vers sa fille un visage étonné, hagard. Sans doute, il avait oublié sa présence.

—«Va dormir, mon enfant,» lui dit-il d’une voix somnambulique. «Va. Nous causerons demain.»

Elle n’osa pas répondre un seul mot, n’osa même pas lui tendre son front pour recevoir le baiser qu’il ne songeait point à y mettre. Fuyant l’intolérable oppression de cette scène, elle se réfugia dans sa chambre, le laissant dans son boudoir, à elle, où il ne paraissait plus d’ailleurs se douter qu’il fût.

Du seuil, elle le regarda encore. Il était retombé dans son attitude si lugubrement pensive. Sa tête s’inclinait, ses yeux se fixaient toujours sur cette lettre,—la lettre où la pauvre vieille paysanne pleurait sa petite-fille perdue, où l’aïeule, abreuvée de douleurs, implorait pour Bertrande égarée la protection de la pure Micheline.


VII