AUTOUR D’UNE TOMBE

Le lendemain, Micheline hésitait à se présenter chez son père. Ce fut lui qui, vers onze heures du matin, fit demander si Mademoiselle était levée, et si elle voulait bien venir le trouver dans son cabinet.

Elle y entra, le cœur étreint d’appréhension.

M. de Valcor marchait de long en large, en fumant une cigarette. Tout de suite, sa fille se rassura en voyant que ce fier visage ne gardait aucune trace des troubles de la nuit. Elle y retrouvait l’habituelle expression,—mélange de force calme, d’ironie subtile, de ferme douceur, qui charmait, en subjuguant. La fugace accentuation de l’âge s’était effacée. Les traits avaient quelque chose de retrempé, de rajeuni, que soulignait l’éclat du linge, éblouissant dans le veston de velours, à la coupe dégagée, si seyant à cette élégante silhouette.

—«Eh bien, ma chérie, causons un peu,» dit le marquis. «Nous dirons des choses qui en vaudront la peine. Tandis qu’à trois heures du matin, quand je rentre harassé d’une difficile séance et que tu es toi-même énervée par une veille déraisonnable...

—Si j’ai veillé, père, c’est que j’avais aperçu ici un individu dont l’aspect me laissait une véritable frayeur.

—Ah!... Quel individu?

—Certainement un de ces «Apaches» de faubourg, capables de donner des coups de couteau pour la belle «Casque d’or».

M. de Valcor sourit.