—«Tu lis donc le Petit Journal?
—Ma pauvre maman le lisait. Elle m’y a montré ce roman vécu, aussi extraordinaire que les feuilletons qui amusaient ses longues journées de maladie.
—Mais où l’as-tu vu, cet «Apache»?
—Ici, dans votre cabinet, père. J’allais entrer... Je me suis arrêtée en découvrant que vous n’étiez pas seul.
—Tu as mal jugé ce brave homme,» prononça le marquis, en lançant complaisamment une bouffée de cigarette. «C’est un ouvrier qui n’a rien de commun avec les «Apaches», sinon son domicile sur la Butte, son costume sans prétention, et son bagout de faubourien. Il venait, au nom de ses camarades, me prier d’assister à une réunion, où des orateurs populaires devaient les entretenir des débouchés qu’offrent les colonies aux énergies surabondantes de la métropole. On me demandait de parler de la Valcorie, de l’industrie du caoutchouc, et peut-être espérait-on que je proposerais du travail là-bas à ceux qui n’en trouvent point ici. C’était un guêpier où l’on pouvait me prendre. On m’attaque beaucoup dans les cercles ouvriers, sous prétexte que j’emploie sur mes plantations des Indiens que je rétribue d’une façon dérisoire, alors que les bras de nos compatriotes manquent d’ouvrage. En somme, c’était une occasion de m’expliquer là-dessus, dans un milieu très spécial. Je n’en aurais pour rien au monde manqué l’occasion.
—Oh! papa!... papa...» s’écria Micheline.
Et, avec un élan aussi enfantin que l’appellation, elle se jeta dans ses bras.
Il l’écarta, toujours souriant, mais la perçant du regard jusqu’au fond de l’âme.
—«Qu’as-tu donc supposé?
—Rien... Des idées... Je m’étais fait tant de mal! Et toi, tu faisais du bien...»