Elle allait passer, ne regardant même pas Bertrande. Celle-ci l’arrêta.
—«Mademoiselle Micheline!»
La riche héritière devina, plutôt qu’elle ne reconnut, son ancienne petite camarade de la grève bretonne. Elle demeura tellement stupéfaite que pas un mot ne lui venait. Malgré ce que lui avait dit son père de la fière pauvreté voulue par l’amoureuse coupable, elle n’avait rien imaginé de semblable à ce qu’elle voyait. Dans cette jeune tête ignorante, l’idée de l’irrégularité féminine s’alliait avec celle du luxe, d’un luxe criard. Puis, comment se fût-elle doutée que le séducteur de Bertrande, le prince Gilbert, son élégant conducteur de cotillon, fût—suivant l’argot que lui-même employait—dans la dèche. Une vision confuse lui représentait la coquette pécheresse en falbalas, sous des oripeaux insolents. Et c’était elle, cette piteuse personne, moins pimpante, oh! infiniment moins, que la jolie paysanne de jadis, surtout quand elle portait la coiffe blanche aux miraculeuses broderies. C’était elle! C’était Bertrande, l’aventureuse héroïne! C’était là une maîtresse de prince!
—«Ne m’en veuillez pas de ma h pas, vous, mademoiselle Micheline! Ne faites pas cela! Il en résulterait des malheurs.
—«Pourquoi m’imposez-vous cette conversation? Laissez-moi,» dit la jeune fille en se détournant. Car le souvenir de sa promesse et la violence de son préjugé se heurtaient en elle.
—«C’est dans l’intérêt de votre père.»
Micheline sursauta.
—«Mon père!... Quelle familiarité!... Puisque vous connaissez si bien votre place, ne pourriez-vous dire «monsieur le marquis»?
Un sourire crispa la bouche de Bertrande. Sourire d’énigme, d’amertume, et souligné par quel regard! Micheline, comme fascinée, contemplait cette bouche pâlie, ces prunelles couleur de mer, où passait une expression si étrange.
—«Répondez.