Ce n’est pas sous cette forme que Bertrande préméditait de faire parvenir le précieux avis à M. de Valcor. Mais le mouvement des passions humaines est impétueux et incertain comme celui de la mer. Tout ce qui s’était dit là, depuis un moment, n’avait pas été prévu davantage. Un vertige amer dicta les dernières paroles, si terriblement significatives: «L’assassin du vieux Pabro, l’homme de la lettre...»
Aussitôt une image s’évoqua dans l’esprit de Micheline... La sinistre figure de celui qu’elle avait nommé un «Apache», ne croyant pas si bien dire, de ce garçon louche, à qui son père—elle l’entendait encore—adressait l’étrange phrase: «Ne vous ai-je pas défendu de me relancer ici? Vous y risquez autant que moi.»
La malheureuse jeune fille était devenue pâle, de la pâleur qu’avaient autour d’elle toutes ces dalles funèbres sous le ciel d’hiver. Elle répondit:
—«Je ne ferai pas une telle commission.
—Pourquoi?... Vous m’avez mal comprise,» balbutia Bertrande, effrayée elle-même du sens pris dans sa bouche, et ensuite seulement dans sa pensée, par cette brutale traduction des hypothèses d’Escaldas.
—«Je n’ai rien compris et ne veux rien comprendre,» dit Mlle de Valcor. «Mon père n’a pas à s’entendre avec des assassins. Il n’a que faire d’un pareil message. Même si son salut en dépendait... Que le destin s’accomplisse!...»
VIII
AUTOUR D’UN BERCEAU