—«Oh!» dit-elle vivement, «je n’ai pas la prétention de vous imposer une présence qui, dans un tel voyage, serait un embarras pour vous, mon Père. Peut-être, sans me montrer indiscrète, pourrais-je profiter, jusqu’à La Paz, de votre expérience, de votre connaissance de la langue espagnole, des indications pratiques que vous voudrez bien me donner. Mais c’est la moindre des choses. Le bienfait considérable que j’attends de votre bonté chrétienne, s’accorderait, j’espère, avec votre mission.»
Véritablement intrigué, le moine la pressa d’éclaircir des paroles si imprévues.
—«C’est une bien longue histoire,» murmura la comtesse de Ferneuse, avec une hésitation soudaine.
—«S’il n’est pas nécessaire que je la sache, ne croyez pas, madame, que je prétende la connaître pour mettre mon dévouement à votre service. Dans le cas contraire, je l’écouterai en confident respectueux et sûr, ou, si vous le souhaitez, en confesseur.
—En confesseur,» dit-elle, d’une voix défaillante. «Car c’est ma faute que vous apprendrez, mon Père, avant de savoir à quel point je l’expie.»
Le moine vit ce beau visage qui se décolorait et s’amincissait de douleur dans la bleuâtre lueur de la nuit claire. Il fut remué, percevant l’humiliation qui, soudain, courbait cette créature de fierté. D’une voix paternelle, il vint en aide à son trouble.
—«Confiez-vous au prêtre, ma fille. J’ai reçu les ordres majeurs. Dieu a déposé dans mes mains les trésors de son pardon. C’est lui-même qui vous écoute, dans l’humilité de son serviteur.
—Je l’ai tant prié en vain!» dit Gaétane.
Elle cacha de sa main ses yeux qui se remplissaient de larmes.