XI
DANS LA FORÊT MYSTÉRIEUSE
Au bord d’une rivière dans la région des forêts du Haut-Amazone, un village indien.
Une de ces mille rivières, un de ces mille villages, comme il en existe dans cette contrée de végétation formidable. Des huttes de bois, de l’eau obstruée de longues herbes. Le paysage est partout le même sur des millions de kilomètres carrés.
Mais quel paysage!
La forêt vierge, la Selve, où s’enchevêtre le plus prodigieux fouillis de verdure que fassent jaillir de la terre les rayons du soleil tropical combinés avec l’humidité d’un réseau fluvial gigantesque. Des arbres hauts comme des clochers de cathédrales. Des lianes qui les enchaînent comme des arceaux entre des piliers. Toutes les hardiesses des élancements et des courbes, toutes les grâces des onduleux feuillages. Les fleurs en cascades. Les oiseaux plus éclatants que les fleurs. Et, là-dessous, près du sol, une telle poussée de plantes basses, des fougères si drues, des arbrisseaux tellement vivaces, tant de germes élancés vers la vie en tiges impatientes, que nul être ne s’y peut ouvrir un chemin, sauf de très petits quadrupèdes, tel que le picari, fort de sa rude cuirasse, et les myriades de serpents, qui se coulent dans l’inextricable massif.
La faune de la Selve est aérienne. Oiseaux splendides, aux ailes de pierreries, singes agiles, rats grimpeurs, tout ce qui peut circuler dans les hautes branches, où seulement il est possible de se mouvoir, de respirer, pullule, chante et crie la joie de vivre. Au-dessous, c’est l’étouffement et le silence. L’homme ne traverse ces solitudes ou n’y peut habiter que grâce aux trouées de l’eau, fleuves, rivières immenses, ou rios modestes, étroits canaux que les herbes obstruent, sur lesquels les feuillages se recourbent en arceaux, mais que la pirogue de l’Indien remonte ou descend avec une habileté incroyable.