Le marquis restait en face de Mathurine.

Il rencontra les yeux toujours clair et vifs de la vieille femme. Mais il lui sembla que ce regard d’un vert miroitant restait la seule étincelle de vie dans le visage brun et recroquevillé comme une algue sèche.

L’aïeule parassait maintenant d’un âge surnaturel. Ce n’était pas de la décrépitude, c’était de l’immatérialité, une vision de poète, qui rêverait de symboliser la vieillesse. Ce long buste si droit, cette tête ciselée dans une substance que nulle sève ne semblait nourrir, ces cheveux de neige, et, par-dessus tout, ces admirables yeux d’eau ensoleillée, n’éveillaient pas l’idée d’une décadence physique, mais d’une beauté définitive.

Mathurine se dressa devant le visiteur.

—«Que venez-vous faire ici? Retirez-vous, monsieur le marquis de Valcor!» s’écria-t-elle, en scandant ce nom avec force.

—«Maman Gaël, écoutez-moi!...» implora-t-il.

Etait-ce bien l’aventurier intrépide, le maître de la Valcorie, le grand seigneur impérieux, qui s’adressait de cette voix de prière, avec ce ton soumis, à une pauvre vieille paysanne?

Elle fit un geste pour le repousser, détournant la tête, mais sans répéter son injonction.

—«Maman Gaël, je suis venu vous parler de Bertrande.»

L’aïeule se tut, évitant de ramener les yeux vers ce visage, comme s’il eût été trop odieux... ou trop cher. Mais de ces yeux qu’elle détournait obstinément, des larmes commencèrent à couler.