—«Bertrande...» murmura-t-elle.

—«Vous lui pardonnez, n’est-ce pas?

—Je n’ai pas le droit, moi...» (et elle appuya sur le mot) «de lui refuser mon pardon.»

Renaud ne releva pas l’ambiguïté de cette phrase. Il reprit avec chaleur:

—«Alors il est encore une possibilité de bonheur pour cette infortunée, et pour vous-même. Appelez la pauvre enfant à vous, ou bien allez la retrouver, maman Gaël. Acceptez la vie large que je voulais lui faire, mais qu’elle ne consent pas à me devoir. De vous, elle prendra ce qu’elle ne saurait prendre de ma main, car son cœur appartient à mon mortel ennemi. Mais par pitié pour elle, pour son fils innocent, vous me laisserez, n’est-ce pas? refaire votre destinée. Mon désir est de vous voir réunies de nouveau, vous, Bertrande, et cette pauvre créature qui chantait et travaillait là, tout à l’heure. Votre petite-fille s’épuise à un labeur au-dessus de ses forces. Je ne puis le souffrir. Aidez-moi à l’en empêcher. Prenez telle part de ma fortune que vous jugerez nécessaire. Comprenez-vous?... Je ne sais comment dire... Vous avez tant de fierté!»

Mathurine continuait à se taire. Sur ses joues ridées roulaient des larmes lentes.

—«Oh!» dit le marquis d’une voix altérée, «ne pleurez pas ainsi. C’est affreux pour moi de voir ces pleurs sur votre visage. Ayez pitié de moi aussi. Accordez-moi cette grâce suprême de réparer, dans la mesure où je le puis, les fatalités du sort!»

L’aïeule tressaillit. Les tragiques sanglots—plus tragiques d’être faibles et contenus—qui agitaient sa maigre poitrine, se suspendirent. Son regard revint à Renaud en un fulgurant éclair.

—«Les fatalités du sort!...» répéta-t-elle.