La comtesse mit une main légère sur son épaule. Il releva la tête.

—«Laissez-moi tout dire à Micheline,» supplia-t-il. «Elle fuira cet homme, elle fuira cette maison. Nous nous en irons au loin. Nous laisserons l’imposteur à sa destinée.

—Tu repoussais le rôle de délateur, Hervé. Que serais-tu donc en révélant à une fille les crimes de son père?»

Il ne répondit pas.

—«Laisse-moi faire,» reprit-elle. «Si formidable que soit la puissance du mal dans cet homme, il y a des choses qu’on ne saurait craindre de lui. Et il y en a d’autres qu’on en peut attendre. C’est un démon d’audace et d’orgueil. Ce n’est pas un être abject ni dégradé. Je ne sais qui il est, ni quel sang coule dans ses veines. Mais ce nom de Valcor, qu’il a usurpé, lui a donné une espèce de farouche noblesse. Il le porte avec une fierté singulière. Il ne voudra pas d’un déshonneur qui lui arracherait ce nom dans un éclat d’infamie. Démasqué, il préférera disparaître, s’exiler... Que sais-je?... Puis, il a sa fille. C’est un père plein de tendresse. Je me rappelle encore avec quelle ardeur mensongère, mais touchante, il défendait le bonheur de cette enfant. Pour me persuader qu’elle n’était pas ta sœur, tout en se déclarant être, lui, Renaud de Valcor, n’avait-il pas imaginé je ne sais quelle histoire de substitution d’enfant? Il consentait à n’être plus son père, pour te la donner, à toi, qu’elle aime. Ne consentira-t-il pas, pour la même raison, à un plus grand sacrifice?»

Hervé ricana légèrement.

—«Alors nous n’avons de ressource que dans sa générosité?

—Non, mon fils,» dit gravement Mme de Ferneuse. «C’est au père de Micheline que nous demanderons de la générosité. Contre l’usurpateur de Valcor, contre le meurtrier de Renaud, nous n’en avons que faire. Ne comprendras-tu pas, enfin, que la vengeance me serait trop facile? Cette vengeance de mon amour assassiné, j’en fais le sacrifice à ton amour vivant. Il faut trouver une solution qui te permette d’épouser Micheline. Sais-tu si cette jeune fille donnerait sa main au bourreau de son père, même si elle pouvait croire que ce père fût criminel?

—Ah! ma mère,» dit le jeune homme avec émotion, «vous êtes un ange et vous êtes une femme. Quel miracle n’accompliriez-vous pas? Faites ce que vous voudrez.»