Il se leva, la serra contre son cœur, puis la quitta, se dirigeant vers la grille d’entrée, qu’ils avaient presque atteinte.
Hervé franchit cette grille, prit le chemin qui descendait au creux de la falaise et gagna bientôt la plage.
Il se trouva dans une des mille petites criques creusant la ceinture granitique de cette côte. Celle-ci s’ouvrait au nord du promontoire qui limite par son autre versant le domaine de Valcor. Le jeune comte de Ferneuse regarda presque avec attendrissement ce rude contrefort, qui, se rétrécissant comme une proue, plongeait à pic dans la mer. C’était ce rempart de granit qu’il avait escaladé, voici près de deux ans, pour obtenir un suprême tête-à-tête avec Micheline. Jamais, depuis ce jour-là, il n’avait revu celle qu’il aimait.
Pensif, presque hésitant,—non pas de peur physique, mais d’angoisse morale,—Hervé commença de gravir le très étroit sentier contournant le roc. A peine un chemin, une espèce de lacet naturel, formé par les aspérités du granit et tout au plus complété çà et là par un rudimentaire travail humain, ou marqué par une rampe,—un fil de fer tenu par des crampons,—là où il n’y avait guère de quoi poser le pied. On pouvait ainsi s’avancer jusqu’à la pointe du promontoire, pour jouir du spectacle des lames en fureur se brisant contre l’immuable paroi. Encore n’eût-il pas fallu s’y risquer quand leur frénésie les faisait bondir plus haut que ce même sentier, ou quand le vent déchaîné en eût balayé un être humain comme un fétu de paille.
Aujourd’hui, le vent était faible, et la mer se contentait de moutonner, hérissant sa surface livide de crêtes neigeuses, qui s’écroulaient et se reformaient sans cesse.
Hervé, parvenu à l’extrémité de la falaise, ne s’arrêta pas pour admirer la sublime monotonie de ce spectacle. Il contourna la pointe et se trouva sur l’autre versant. Le sentier s’y prolongeait encore, moins distinct, puis s’effaçait complètement.
Le promeneur leva les yeux.
A trente pieds au-dessus de lui, la terrasse de Valcor déployait sa belle ordonnance. Rangée élégante de balustres, couronnant une assise rocheuse, entre deux fortifications de granit, elle avait un caractère grandiose. Mais l’architecture, pas plus que le paysage, n’importait à celui qui se trouvait là. Son regard avide chercha autre chose, immédiatement au-dessus de sa tête, dans l’angle formé par la terrasse et par le rocher. C’était le coin favori de Micheline. De tout temps elle y était venue passer de longs moments dans la contemplation, la rêverie. Combien plus n’y devait-elle pas venir, à présent, si elle l’aimait! Quel souvenir s’attachait à ce lieu, pour lui, pour elle! Depuis quelques jours à Valcor, et le sachant à Ferneuse, il ne serait pas impossible qu’elle s’y trouvât, juste en ce moment.
Et l’impossible même eût-il mis un obstacle à un vœu d’amour aussi ardent? L’attirance mystérieuse avait agi. Micheline était là. Elle l’attendait, sans doute.
Il la vit.