Quelle minute!
La radieuse image lui entra dans les yeux, dans l’âme, dans tout l’être, comme une apparition et comme une ivresse. Il dut se cramponner au rocher, dans son vertige de joie.
Elle n’était pas vêtue de blanc, comme jadis. Sa silhouette charmante se détachait en noir au delà des balustres clairs, sur le pâle ciel d’avril. Hervé se rappela qu’elle portait le deuil de sa mère. Il avait appris, en rentrant à Ferneuse, que la marquise de Valcor était morte l’automne précédent, à l’époque où lui-même voyait la mort de si près, chez ses sauvages amis de la forêt amazonienne.
—«Ne montez pas! Ne montez pas!» cria Micheline, qui l’avait aperçu tout de suite.
Il devina les paroles au geste, car elles n’étaient pas descendues distinctement jusqu’à lui. Mais ne lui eût-il pas fallu plus de courage pour y obéir que pour affronter le danger de l’ascension? Il commença de gravir l’abrupte muraille, saisissant la moindre saillie, s’aidant des pieds et des mains, jusqu’à ce qu’il eût atteint une espèce d’étroit balcon, si proche de Micheline qu’il avait pu jadis prendre de là une fleur qu’elle lui tendait.
Ce fut, d’ailleurs, la première pensée qui lui revint. Tirant un petit portefeuille de la poche intérieure de son veston, contre son cœur, il en sortit la pauvre fleur, si frêle, si desséchée, toute jaunie, puis, la montrant à Micheline:
—«Vous rappelez-vous?
—Ah! vous m’aimez toujours!» s’écria-t-elle.
—«Et vous, Micheline?
—Vous le demandez?... Oui, je vous aime, Hervé, je vous aime. Aurais-je vécu si je ne vous aimais pas?»