XVIII

COMPLICES

C’est un fait bien établi maintenant qu’Arthur Sornières, dit le Beau Rouquin, dit le Baladeur, étrangla José Escaldas, par un coup de lasso brusque,—souvenir de la pampa argentine, sans doute,—au moment même où le Bolivien l’accueillait avec enthousiasme, croyant que l’Apache allait lui livrer Valcor. Ensuite, le meurtrier organisa la mise en scène du suicide. Il importait, non seulement qu’Escaldas disparût, mais que tout fît croire à sa mort volontaire. Cette abdication tragique serait un aveu d’imposture. Nul ne douterait que le métis ne se fût pendu pour ne pas subir le châtiment de ses frauduleuses manœuvres.

Le calcul était juste.

La logique d’une telle fin s’imposa avec tant de force, que les plus directement frappés même, Villingen et Plesguen, l’admirent avec consternation.

Le projet de cet assassinat fut ébauché entre le faux Valcor et Sornières, précisément dans cette nuit d’hiver et de neige, où Micheline, toute frissonnante d’angoisse, de pressentiments, veilla pour attendre le retour de son père. Quel retour!... Et de quel tressaillement avait été secoué cet homme, pourtant si fort, lorsque dans l’éclair jailli d’une lumière électrique, il avait rencontré les yeux purs de son enfant, lui qui sentait encore sur sa face hagarde le reflet des effroyables résolutions, sur ses lèvres le frisson des monstrueuses paroles!

L’Apache de Montmartre, l’effrayant Arthur Sornières, avait été l’instrument digne de cet infernal esprit. Mais il avait compté sans la femme.

Le soir qui suivit son crime, accablé d’horreur, malgré son cynisme, et d’autant plus abattu que, pour se créer un alibi et expliquer sa présence dans la maison de la rue Lévis, il avait joué la comédie de vice après la tragédie de meurtre, et passé une heure près de Rosalinde,—il laissa échapper des phrases étranges.