La main qui tenait le papier trembla. C’était la première fois qu’une telle secousse d’épouvante brisait le sang-froid de celui qui, si hardiment, portait le nom de Valcor. Un murmure atterré s’échappa de ses lèvres:

—«Il est en France!...»

Tout l’espoir de cet homme, durant les cinq derniers mortels jours, était que l’assassin d’Escaldas fût à l’abri, au loin, dans quelque pays étranger. Avec tout l’or dont il l’avait muni, le hasardeux personnage avait dû gagner depuis longtemps une retraite sûre. Il commençait à le croire, en voyant s’écouler près d’une semaine de chasse infructueuse pour la police de l’Europe entière. Arthur Sornières hors d’atteinte, c’était la seule chance de salut. Et il était là, tout près, l’affreux complice!... Et nul moyen de se soustraire à son dangereux appel. N’était-il pas, spectre patibulaire, la destinée même de celui qu’il convoquait impérieusement?

—«Oh! le tuer...» grinça Bertrand Gaël.

Il y pensa, en glissant son revolver dans sa poche. Mais comment le faire disparaître? Le cadavre ne serait pas moins compromettant que le vivant lui-même.

Une dernière lueur du tardif crépuscule d’été flottait vers l’Occident, au-dessus de la mer, quand les gens du marquis de Valcor virent leur maître sortir du château, comme en flânant, un cigare à la bouche.

Il se dirigea d’abord vers la terrasse.

Là-bas, appuyée aux balustres, il apercevait la silhouette de sa fille. Micheline regardait s’éteindre les reflets du soir, entre l’Océan, d’un vert laiteux, et le ciel, d’un vert d’émeraude. Elle rêvait—quel rêve d’angoisse!...

Elle se tourna lorsqu’elle entendit les pas de son père sur le gravier.

—«Je viens te dire bonsoir, mon enfant.