La mer était basse, commençant à peine son mouvement ascensionnel. Les petites grèves découvertes permettaient de contourner les falaises. Quand le chemin était coupé de ce côté, ou menaçait de s’allonger trop, le promeneur s’élevait à mi-côte, et abrégeait par des sentiers qu’il connaissait bien depuis son enfance.
D’ailleurs, il ne se pressait pas. Pour atteindre son but, il avait toute la nuit—et plus que la nuit... la durée désormais sans mesure. Déjà, pour lui, les heures n’existaient plus. Il regardait la mer briller sous la lune. Il écoutait toutes les voix de son âme et de sa vie dans les rumeurs de l’immensité.
Malgré la pureté du ciel, l’Océan se brisait avec des fureurs sauvages. Une des grandes marées de l’année était annoncée pour le matin suivant. Bertrand Gaël se le rappelait quand, après sa longue marche, il parvint à la petite grotte où, deux années auparavant, il avait eu, avec la comtesse de Ferneuse, une explication si romanesque et si décisive.
Il se laissa tomber sur le banc de roche où elle s’était assise. Il regarda la place où il s’était agenouillé devant elle, brûlant d’un tel amour qu’il avait donné à cette femme un instant d’illusion inouïe.
Avoir été pour elle, pendant une minute, le Renaud de Valcor qu’elle avait adoré, c’était un triomphe plus glorieux, plus cher à l’âme de cet homme, que d’en avoir imposé au monde pendant vingt ans. Ah! s’il avait pu prolonger le mirage!...
Il se perdit dans ses pensées, les yeux toujours fixés sur l’étroite place, tapissée de sable luisant, où il avait joué son rôle avec la vérité de sa passion.
Des heures s’écoulèrent sans qu’il fît presque un mouvement, perdu qu’il était dans les souvenirs de sa prodigieuse existence.
Pourtant, son attention s’éveilla tout à coup.
La roche contre laquelle il s’appuyait venait de frémir de la base au faîte, comme dans un éclat de tonnerre. L’assaut des vagues se rapprochait. L’éclaboussure des embruns atteignait le songeur taciturne.