Bertrande jeta un regard vers Escaldas.
—«Par pitié... devant monsieur!...» balbutia-t-elle.
—«Eh oui... pardon!» reprit Gilbert avec impatience. «Aussi bien ne s’agit-il pas de récriminations oiseuses. Je ne t’accuse de rien, Bertrande. Tu m’as aimé plus que je ne pouvais t’aimer moi-même... Ce n’est notre faute, ni à l’un ni à l’autre. Je reconnais volontiers ton désintéressement, ta discrétion. Tu as trouvé moyen de te suffire à toi-même, en faisant de la dentelle. Tu nourris bravement ton bébé... Tu ne m’as jamais relancé chez moi. Mais aussi, à quoi cela t’aurait-il servi d’agir autrement? Je suis ruiné, archi-ruiné, ma pauvre fille. Tu ne sais pas ce que cela veut dire?... Le jeu m’a été fatal. Je me suis endetté pendant l’Affaire Valcor. Et maintenant que cette affaire paraît close à l’avantage de ton damné marquis, la meute de mes créanciers me hurle aux chausses. Je me trouve dans un effroyable pétrin.
—Qu’espériez-vous donc tirer de cette affaire?» demanda-t-elle, la figure soudain durcie. «Vous n’êtes pas un parent du marquis. Vous ne pouviez avoir de droits sur son titre ou sa fortune, comme monsieur de Plesguen?
Gairlance éclata d’un rire strident.
—«Regardez-la,» cria-t-il à Escaldas. «Voyez ce que devient cette créature si soumise, si douce, quand on aborde ce sujet-là. Et elle veut garder mon amour! Elle prétend ne pas appartenir à mes ennemis!
—Mon Dieu!...» gémit Bertrande. «N’ai-je pas deviné la vérité? Ne sais-je pas que vous deviez épouser mademoiselle de Plesguen, si vous parveniez, avec monsieur Escaldas, à faire restituer à son père un nom et des biens héréditaires qu’il croyait siens. Car il y croyait, lui... Il était de bonne foi, lui... Puisqu’il vient de se désister en découvrant un faux parmi les soi-disant preuves avec lesquelles on l’a tenté.»
Gilbert, les mâchoires en avant, les yeux enflammés, la face verdie, s’inclina vers sa maîtresse:
—«Assez!...» rugit-il. «Qui les avait fournies, ces preuves? Moi, n’est-ce pas? Et Escaldas. Nous sommes des faussaires, alors? Je savais bien que c’était ton opinion... Je savais que tu me trahissais... Eh bien, soit!... va-t’en... Emporte ton mioche, et va-t’en!...»