Sa violence atterra Bertrande. Elle tendit ses mains jointes, secouant la tête, comme pour nier, mais dans l’impossibilité d’articuler une parole.
Escaldas mit une main sur le bras du prince, et, avec son accent à la fois zézayant et guttural, s’interposa:
—«Voyons, voyons... Gairlance... que diable!... Un peu de liant... Comment voulez-vous qu’on s’explique?... Faut-il s’emporter pour des propos de femme jalouse?...
—Oh! s’il n’y avait que la jalousie!...» grommela Gilbert.
Bertrande se renversait sur le dossier de sa chaise, oppressée, sans souffle. Elle essaya de parler. De nouveau, le son mourut dans sa gorge.
—«Ne la maltraitez pas,» fit le Bolivien. «Pensez que c’est une mère, qui nourrit.»
Prenant une carafe, il versa de l’eau dans un verre, y jeta quelques gouttes du cognac, dont l’étiquette arborait une date plus ancienne que sincère, et poussant le breuvage vers la jeune femme:
—«Buvez,» dit-il. «Et ne vous mettez pas dans cet état. Il est moins méchant qu’il n’en a l’air, votre prince.»
Bertrande méprisait et redoutait cet homme. Elle le considérait comme un bas intrigant, comme l’artisan maudit de l’affreuse trame où elle se débattait. Pourtant elle ressentit le bienfait de son bon mouvement et le remercia d’un faible sourire.
Gilbert, décidé à se contenir, reprenait en maîtrisant sa voix: