—Mon père m’a dit un jour: «Ils font fausse route. Chercher qui est cet homme, c’est se créer autant d’énigmes qu’il y a d’êtres disparus depuis vingt ans. Tenons-nous-en donc à prouver ce qu’il n’est pas.» Et comme je lui demandais: «Ils mettent donc un nom en avant. Lequel?»

—«Je me garderai de le prononcer. C’est trop redoutablement grave,» répliqua-t-il. Ensuite je n’eus plus l’occasion de le demander, car la catastrophe arriva.

—Ce nom, c’était: Bertrand Gaël.

—Et vous osez appeler sa fille, cette fille de rien, «ma rivale»? prononça hautainement Françoise qui, dans le drame où se jouait leur destinée, ne voyait que son amour.

—Je vous demande pardon de ce que je vais vous apprendre, mademoiselle. Le prince de Villingen a séduit cette Bertrande Gaël, qui l’a suivi ici, à Paris. Elle y travaille comme dentellière.»

Le pâle visage de Mlle de Plesguen s’incendia. Elle demeura une minute interdite. Puis elle dit, d’un ton méprisant:

—«Séduite?... Est-ce qu’on séduit des misérables de ce genre? Qu’il ait répondu à ses effronteries par un caprice, je n’ai pas à le savoir. Ce sont choses qui n’existent pas pour ma pensée. Je vous trouve osé de m’en entretenir. Cela me punit de vous avoir reçu et écouté. C’est assez, n’est-ce pas, monsieur.»

Elle se leva, presque belle à cet instant, par la virginale fierté, la dignité de race, la vibrante révolte de sa fine personne, à l’élégant maintien héréditaire.

Le Bolivien se leva aussi, mais pour insister, très humble.

—«Mademoiselle, croyez bien que je ne vous manquerais pas de respect jusqu’à vous apporter un racontar vilain et inutile. Mais il y a une vérité que vous devez connaître. Le moment est sérieux. Ce n’est pas seulement votre fortune, c’est votre bonheur, c’est votre amour, qu’une prompte résolution de vous sauverait sans doute aujourd’hui.