—Comment, monsieur, mêlez-vous le mot d’amour à la basse aventure que vous me révélez?

—Si l’aventure est basse, elle peut mener à un dénouement assez haut. Le marquis de Valcor offre à Gilbert Gairlance la dot que celui-ci voudra—vous entendez, qu’il voudra—pour faire de Bertrande une princesse de Villingen.

—Il l’épouserait!» cria Françoise.

Son terne visage, ses yeux pâles, étincelèrent, transfigurés d’effroi, d’indignation.

—«Ce ne serait pas le vil marché, impossible à conclure pour un homme qui n’a pas abdiqué tout sentiment d’honneur. Cette jeune fille est belle, irréprochable—du moins pour lui—et, de plus, il y a un enfant.

—Un enfant!» murmura Mlle de Plesguen.

Elle retomba sur sa chaise. Ses jambes ne la soutenaient plus. Un égarement douloureux changeait de nouveau sa physionomie. L’éclat passager s’effaçait comme sous la tombée d’un linceul.

—«Ne vous désolez pas, que diable!» dit un peu brutalement Escaldas, que le remords et la pitié prirent à la gorge, malgré sa grossière nature. «Vous jugiez mieux tout à l’heure en appréciant comme une escapade sans conséquence cet épisode presque inévitable d’une vie de garçon. Les conséquences... c’est à vous d’empêcher qu’il ne s’en suive. Mais, dame, quand un intérêt d’argent aussi immédiat s’accorde avec ce que certaines consciences peuvent considérer comme un devoir et certains cœurs tendres comme une... hé! hé!... comme une sollicitation... très douce... peut-on savoir ce qui se passera dans l’esprit d’un être charmant, mais un peu léger, très friand de joies positives, tel que notre aimable prince?»

Le métis parlait d’abondance, encouragé par la muette ardeur et le regard fixe, halluciné, qui semblaient, chez Françoise, les signes d’une attention intense.